Éducation financière : la France, mauvaise élève ?

Éducation financière : la France, mauvaise élève ?

La France est un pays où l’argent est un sujet tabou. Parler de son salaire est plutôt mal vu (et bien peu de gens s’y risquent), exposer sa richesse suscite souvent les critiques et, globalement, le monde de la finance et de l’investissement est vu comme étant un domaine réservé à une élite sachante et fortunée.

Avec un tel constat, il peut être aisé de croire que l’Hexagone fait partie des cancres en matière d’éducation financière et que ses habitants sont bien incapables de maîtriser les rouages de ce sujet en apparence complexe. Est-ce vraiment le cas ? On a mené l’enquête.

C’est quoi, l’éducation financière ?

Avant de découvrir si nous autres, Français, sommes globalement aussi à l’aise en éducation financière que pour parler anglais, il convient de savoir de quoi il s’agit et en quoi c’est un sujet particulièrement important. 

Le Conseil de l’OCDE (l’Organisation de coopération et de développement économique) a une définition très précise de ce qu’est l’éducation financière. Pour rappel, c’est « le processus par lequel des consommateurs/investisseurs améliorent leur connaissance des produits, concepts et risques financiers et acquièrent au moyen d’une information, d’un enseignement ou d’un conseil objectif, les compétences et la confiance nécessaires pour : 

  • devenir plus sensibles aux risques et opportunités en matière financière ;
  • faire des choix raisonnés, en toute connaissance de cause ; 
  • savoir où trouver une assistance financière ;
  • prendre d’autres initiatives efficaces pour améliorer leur bien-être financier. »

Pour le dire plus simplement, l’éducation financière est l’apprentissage des connaissances des produits financiers et bancaires et, plus globalement, des règles basiques du monde de l’économie. Le but de cet apprentissage : connaître les risques et les opportunités en matière d’argent afin d’éventuellement devenir plus riche (idéalement) ou a minima, éviter de se retrouver dans une situation financière délicate. Un sujet qui devrait normalement intéresser tout le monde, donc.

Pourquoi l’éducation financière est importante ? 

Car l’éducation financière est importante pour de nombreuses raisons. D’abord, parce que nous sommes tous, au quotidien, confrontés à des questions d’ordre économique et financier. Dans les médias, lors du choix de sa banque ou d’un produit d’épargne, quand on remplit sa feuille d’imposition, quand on contracte un crédit ou encore lors des débats politiques et des élections.

Approfondir ses connaissances dans ce domaine permet donc de : 

  • Mieux connaître les différents produits financiers comme les comptes bancaires et leurs services associés, les prêts, les assurances… et comment les utiliser de manière appropriée. En fonction de ses revenus, on ne choisit pas la même carte de paiement et on ne souscrit pas aux mêmes produits bancaires.
  • Savoir comment établir et suivre un budget, mieux gérer ses dépenses et ses revenus afin de parvenir à mettre un peu d’argent de côté. L’éducation financière permet notamment de connaître des méthodes de gestion de finances personnelles ainsi que les conseils des experts sur le sujet.
  • Se rendre compte de l’importance de mettre de l’argent de côté, atteindre ses objectifs d’épargne et connaître les différents types d’investissements disponibles. En effet, certains produits d’épargne sont plus adaptés pour l’achat d’un bien immobilier ou pour préparer sa retraite quand d’autres le sont pour se constituer une épargne en cas d’urgence (comme le livret A, par exemple).
  • Connaître les différents produits d’investissement et leur fonctionnement, apprendre à évaluer et à gérer les risques financiers, suivre les bonnes pratiques du secteur. La bourse par exemple propose de nombreux produits d’investissement avec chacun leurs règles et leur mode de fonctionnement. Pour le profane, le risque de perdre en capital peut être grand sans les connaissances adéquates.
  • Utiliser les crédits de manière responsable et ainsi éviter le piège du surendettement. Il y a encore trop de gens qui contractent des crédits sans vraiment lire ou comprendre leurs conditions, sans savoir ce qu’est le TAEG ou encore sans mesurer les conséquences de ne pas rembourser ce dernier.
  • Mieux comprendre les enjeux économiques du pays, participer à son bon fonctionnement et faire les choix politiques qui peuvent avoir les meilleures conséquences financières pour soi-même et sa famille.
  • Savoir reconnaître et éviter les arnaques et autres fraudes financières.

Pour résumer, on est plus à même de gérer efficacement ses finances personnelles et mieux préparé face aux imprévus économiques (inflation, crise financière). Mais surtout : on gagne potentiellement plus d’argent. Et là, nous avons probablement toute votre attention.

Un manque de culture financière qui coûte cher

Car une étude d’Allianz publiée en août 2023 – réalisée sur un panel de plus de 1 000 personnes en Allemagne, Australie, Espagne, États-Unis, France, Italie et Royaume-Uni – révèle que plus d’un Français sur quatre (26 %) n’a pas un niveau de culture financière suffisant pour prendre les meilleures décisions sur le sujet. Et que, sans surprise, cela les pénalise fortement. 

Le groupe d’assurance allemand a ainsi calculé que les personnes ayant des lacunes en éducation financière pouvaient souffrir d’un manque à gagner potentiel pouvant aller jusqu’à 2 390 € par an par rapport à ceux qui ont « simplement » un niveau de connaissances moyen en la matière. Un cumul qui pourrait représenter la somme de 39 270 € sur une période de dix ans.

A contrario, un épargnant français bénéficiant d’une bonne éducation financière peut espérer générer 2 730 € de plus par an qu’une personne n’ayant aucune ou peu de culture financière. Toujours selon les calculs d’Allianz, sur une période de 30 ans, cela représenterait la somme de 243 959 €. Oui, le prix d’une maison.

Autre information intéressante de l’enquête : les femmes ont globalement moins de connaissances que les hommes sur le plan financier. Elles sont ainsi 29 % à présenter un faible niveau d’éducation financière contre 22 % pour les hommes. Un résultat qui peut expliquer pourquoi les femmes ne sont que 33 % à se déclarer « confiant(e) quant à leur situation financière personnelle» alors que ce taux atteint 47 % chez les hommes. 

Un constat à nuancer néanmoins. Tout d’abord, ce n’est pas une spécificité française : de tous les pays interrogés dans le cadre de l’étude, l’Allemagne est le seul pays où les femmes font en moyenne mieux que les hommes en la matière. Ensuite, l’écart entre hommes et femmes concernant le niveau d’éducation financière s’est considérablement réduit (6 points d’écart sur l’étude de 2023) par rapport à la même étude Allianz menée en 2020 (16 points d’écart). 

Enfin, les disparités en matière de connaissances financières ne sont pas seulement une question de genre, c’est aussi une question de génération. L’étude montre en effet que les connaissances et compétences financières augmentent avec l’âge. Les baby-boomers représentent ainsi 21 % des personnes très compétentes en matière financière, loin devant les générations Z (6 %) et Y (11 %). 

La France, dans la moyenne des pays de l’OCDE

Si tout n’est pas parfait (loin s’en faut), il y a tout de même des raisons d’être optimistes. Et c’est la Banque de France qui nous le dit cette fois, par le biais de trois études menées en 2023 auprès des Français de 18 ans et plus, des dirigeants d’entreprise de moins de 50 salariés et des jeunes de moins de 18 ans. 

Et le résultat est plutôt encourageant : la culture financière des Français s’améliore progressivement et, avec un score total de 12,45/20, la France se classe 14ème sur les 39 pays ayant participé à l’enquête de l’OCDE, en progrès depuis 2021 (12,17/20). À titre de comparaison, l’Allemagne caracole parmi les meilleurs « élèves » avec un score de 15,2/20.

Dans le détail, le score de connaissances financières reste stable avec des Français qui maîtrisent mieux certains concepts (l’impact de l’inflation sur le pouvoir d’achat, le rapport entre risque et rendement) et d’autres moins bien (le mécanisme des taux d’intérêt simples ou composés et l’impact de l’inflation sur l’épargne). 

Le score concernant les Français et leur relation à l’argent s’améliore quant à lui légèrement : les habitants de l’Hexagone ont un peu moins tendance à vivre « au jour le jour », sans se soucier du lendemain. Ils ne sont pas devenus cigales pour autant : ils restent plus enclins que les autres à dépenser leur argent plutôt qu’à épargner pour l’avenir. 

Enfin, le score de comportement face à diverses situations de choix financiers est également en progression, avec des Français qui prennent davantage de bonnes décisions : 76% d’entre eux surveillent leur situation financière et 65% déclarent faire des achats toujours réfléchis. Un point noir néanmoins : seuls 45% se fixent des objectifs financiers sur le long terme (en mettant tout en œuvre pour les atteindre), dont 13% pour préparer leur retraite. 

En résumé, nous sommes un peuple de pessimistes qui préfèrent vivre l’instant présent mais qui se soigne ! 

Les initiatives en faveur de l’éducation financière en France

Et c’est probablement grâce aux actions mises en place par la Banque de France, principal relais de l’OCDE dans l’Hexagone. Avec la semaine de l’éducation financière, organisée chaque année au mois de mars, et ses ateliers pédagogiques, tables rondes et autres conférences organisés sur tout le territoire afin de sensibiliser le grand public – et en particulier les jeunes – sur les questions financières.

Mais également tout au long de l’année, avec : 

  • Le passeport EDUCFI, un dispositif pédagogique qui sensibilise les élèves, dès la 4e, aux enjeux de l’éducation budgétaire et financière ; 
  • Des sessions d’information auprès d’intervenants sociaux qui viennent en aide aux personnes les plus fragiles financièrement ;
  • Documents pédagogiques (vidéos, articles, infographies…) à l’attention des enseignants et élèves de niveau lycée ou post-bac ;
  • La Cité de l’économie (Citéco) qui accueille le grand public et les visites scolaires afin de découvrir le fonctionnement de l’économie de façon ludique…

Mais l’éducation financière est finalement l’affaire de tous. Et à notre niveau, nous essayons nous aussi d’apporter notre pierre à l’édifice afin que les Français prennent de meilleures décisions pour leur argent. 

D’un côté, avec notre blog, avec lequel nous essayons de vulgariser les rudiments de la banque et de prodiguer des conseils simples pour mieux gérer son argent. De l’autre, avec notre application Sumeria et son programme d’aide à l’épargne unique : Sumeria+

Pas de recette miracle ni de promesses de rendement alléchant mais des fonctionnalités pensées pour aider à mettre de l’argent de côté en toute simplicité (arrondi à l’euro supérieur, récapitulatif de l’argent économisé, graphique de suivi des dépenses…), une interface qui vous guide et vous encourage ou encore un expert Sumeria+ qui vous accompagne dans votre utilisation du service. 

Réussir à mettre de l’argent de côté est un des enjeux les plus importants de l’éducation financière. Il était donc important pour nous, avec notre app, de vous mettre dans les meilleures conditions pour y parvenir.

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